Jeux vidéo nocifs : fin du débat

Apiculture #02

Récemment, on a pu lire dans la presse des titres d’article du genre « Une étude prouve que les jeux vidéo ne sont pas nocifs ». Pour être honnête, je n’ai lu aucun de ces articles et je ne me suis pas non plus penché sur l’étude en question (à vrai dire j’ignore même qui l’a menée et dans quel cadre). Pourquoi ? Parce que la question de la nocivité des jeux vidéo est à peu près aussi intéressante que les personnes qui la posent, c’est-à-dire pas des masses.

Bien sûr, une partie non négligeable du commerce vidéoludique est à destination des enfants et il est normal de s’inquiéter de la qualité et des effets des divertissements qu’on donne à nos enfants. Ceci étant dit, je note qu’un tel contrôle est rarement présent en ce qui concerne la télévision qui propose pourtant des contenus plus que douteux mais qui n’ont l’air de déranger personne. Mais surtout, cette industrie commence à prendre de l’âge, et même sans doctorat, on peut facilement observer empiriquement l’impact du jeu vidéo sur les joueurs.

Il est difficile de considérer que le jeu vidéo a commencé en 1952 avec OXO, un simple jeu de Morpion, et on peut débattre de la date de naissance officielle du média en 1972 avec Pong. Ok. En revanche, il est incontestable que 1985 marque l’entrée dans l’ère moderne des jeux vidéo avec Super Mario Bros sur la console NES. Si c’est cette date que l’on retient, ça signifie que cette industrie a aujourd’hui 37 ans, on fête donc nos noces de papier avec le jeu vidéo, cela ne veut-il pas dire que notre relation avec ce média équivaut à un bon livre ?

Alors, ça rappelle des souvenirs, non ?

Un bon livre, justement. Combien de fois j’ai pu lire (ou entendre) : « il ferait mieux de lire un bon bouquin ou d’aller faire du sport ! ». Me vient alors en permanence la même question : en quoi est-ce incompatible ? Je ne sais pas quelle vision du monde décalée il faut avoir pour être à ce point étroit d’esprit Le jeu vidéo ne remplace pas les autres loisirs, il les complète. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, on a suffisamment de temps dans une vie (en tout cas la plupart d’entre nous, mes sincères pensées aux autres) pour pouvoir varier les plaisirs.

« Oui mais quand-même, ça isole vachement ton truc, non ? » Je mentirais en répondant non, vous seriez hypocrites et cyniques en répondant oui. Avant de s’attaquer à cette question pour le jeu vidéo, intéressons-nous aux deux seuls divertissements qui sont manifestement légitimes : la lecture et le sport. Le premier est solitaire, le second est fédérateur.

Chers parents, il est possible, voire recommandé, de jouer avec vos enfants

Quoi qu’on en dise, peu importe comment on tourne le problème, la lecture est une activité isolante du reste du Monde, c’est d’ailleurs l’un de ses intérêts majeurs. J’en profite pour passer un message : quand quelqu’un a l’air absorbé dans son bouquin, par pitié, ne l’interrompez pas avec la question « Tu lis quoi ? Oh, et ça parle de quoi ? ». C’est insupportable, on n’a pas envie de vous répondre, et de toute façon ça ne vous intéresse même pas. Le prochain qui fait ça, il se prend mon exemplaire de Dune dans la tête (je vous préviens, c’est une édition brochée avec couverture rigide).

Quant au sport, même en prenant en compte la compétition et les dérives des supporters, c’est une activité qui rapproche, qui oblige à partager, et même sans parler des sports collectifs, on a forcément un adversaire, donc une dimension humaine et sociale. C’est pour cette raison que c’est souvent par ce prisme là qu’on va attaquer le jeu vidéo. Mais quel jeu vidéo ?

Entre aujourd’hui et Noël, 57 nouveaux jeux extrêmement attendus vont sortir. Ergo, environ 11 titres majeurs sortent chaque mois.

C’est là tout le problème de critiquer un sujet sans en connaître les bases, on finit toujours par dire n’importe quoi. Le jeu vidéo peut effectivement isoler puisque c’est en grande partie une expérience en solo, tout comme la lecture qui elle n’est pas critiquée. Cependant, dire que c’est un média solitaire est faux pour trois raisons majeures.

La première est simple : de (très) nombreux jeux sont multijoueur. Que ce soit en local ou en ligne, les expériences multi sont légion : FPS, MOBA, MMORPG, Party Games, RTS, … Oui, je sais, ça fait beaucoup d’acronymes qui ne veulent rien dire, mais comme pour nommer les groupes de rock des années 70, on n’a pas le temps. Tout ce que je veux dire, c’est que depuis les origines et de plus en plus aujourd’hui, le jeu vidéo se construit sur un gameplay où il faut jouer à plusieurs.

Un MMORPG comme Guild Wars 2 est un jeu de rôle en ligne auquel participe plusieurs dizaines/centaines de milliers de joueurs en temps réel

La deuxième, moins évidente et qui pourtant s’applique à la totalité des divertissements, lecture comprise : les communautés de fans sont omniprésentes. Même si vous jouez en solo, si l’expérience vous a plu, il y a de grandes chances que vous trouviez un paquet de personnes pour en discuter, échanger, débattre dessus. Les deux meilleurs exemples récents sont Elden Ring (qui a en plus une légère composante multijoueur) et Hollow Knight. Jeux solos, oui, mais impossible d’être seul si l’on aime l’un de ces jeux au vu du nombre de fans et de forums dédiés à travers le monde.

Difficile de ne pas vouloir parler des mystères et de la beauté de Hollow Knight

Enfin, la troisième, plus récente, rejoint l’idée de sport puisqu’il s’agit de l’eSport. Sujet à plein d’autres débats qui ne sont pas dans mon viseur aujourd’hui, l’eSport a au moins cette vertu de proposer du contenu compétitif, de rassembler des fans, de faire naître des événements et de partager plus largement une passion commune. Quand on voit l’engouement, les déplacements de foules et les moyens mis dans une finale des Worlds de League of Legends, difficile de continuer à parler d’activité « solitaire ».

Aegis, structure eSport française, s’est lancée en proposant une soirée dans un bar gaming pour rassembler sa communauté

Finalement le débat est stupide. Mettez un jeu violent entre les mains d’une personne limitée, ça ne le rendra pas plus violent, mais il restera limité. En revanche, offrez à un enfant curieux un titre orienté sur l’aventure ou les énigmes et il aura des chances de s’éveiller et de se cultiver aussi intelligemment qu’avec un livre. Ce qui est fou, c’est que cette conclusion avait déjà été apportée par un épisode de e=M6 en 1993 (oui, mes refs sont particulières). Mais bon, j’imagine qu’il faut avoir quelqu’un sur qui taper pour faire fonctionner la presse : les média traditionnels tapent sur le jeu vidéo et moi je tape sur les média traditionnels.

Pour finir, si vous pensez que les jeux vidéo peuvent vous intéresser mais que vous êtes complètement perdus dans ce domaine (ce qui pour le coup est parfaitement compréhensible), je posterai la semaine prochaine la liste de mes coups de cœur et la raison pour laquelle je les ai aimés. Faites attention cependant si vous essayez : vous risqueriez d’aimer ça.

Une réponse à « Jeux vidéo nocifs : fin du débat »

  1. Ton meilleur pour l’instant 😉

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :